lundi, septembre 24, 2007

Point de vue : L'immigration, ultime tabou

L'immigration, ultime tabou

Par Ivan Rioufol
irioufol@lefigaro.fr.
Le bloc-notes d'Ivan Rioufol, Le Figaro du 21 septembre 2007


Cessons de nous mentir : l'immigration n'est plus une chance pour la France quand elle conduit au décrochage de l'école, à l'exclusion des déshérités, aux violences ethniques, à un communautarisme islamisé, à la fracture identitaire. Or, si chacun de ces effets commence à attirer l'attention du pouvoir - Christine Boutin a promis lundi de lancer 500 000 logements par an -, il reste périlleux, pour qui tient à son blason, de vouloir freiner l'emballement de ces phénomènes. L'ultime tabou n'est pas tombé.


Le refus de voir sert d'échappatoire. Il permet, cette semaine, d'étaler ses vertus en critiquant le projet visant à réduire le regroupement familial. Le recours aux tests ADN pour confirmer des filiations, pratiqué par douze pays voisins, inspire des postures avantageuses, y compris au sein du gouvernement : pour Fadela Amara, « cela jette l'opprobre sur les étrangers qui veulent venir chez nous ». Faut-il donc baisser les bras, y compris face à la fraude ?


Ces exercices de style masquent des hypocrisies. Les moralistes s'indignent d'un quota d'expulsion de clandestins, mais chuchotent que la France ne peut accueillir tous les miséreux. Les immigrationnistes ne jurent que par le métissage culturel, mais se gardent d'envoyer leurs enfants dans les lycées sinistrés. Les commentateurs en appellent au co-développement, mais n'ignorent rien des ambiguïtés de ce paternalisme néocolonial.


Même l'État reste lié par ces conformismes. Alors que la France est en droit d'exiger, de ceux qui veulent la rejoindre, un engagement sur des obligations impérieuses, le contrat d'accueil et d'intégration se contente d'un minimum d'exigences, vaguement évaluées. La maîtrise du français - la moindre des choses - se satisfait de 500 mots. Quant à la politique défendue par Brice Hortefeux, qui veut développer une immigration de travail, elle semble incongrue dans un pays fortement touché par le chômage.

En fait, si les sondés ne se font pas prier pour dire que l'immigration de masse est un risque pour l'harmonie de la nation, le gouvernement s'interdit d'aller au bout de la réflexion. Il est vrai qu'elle l'obligerait à admettre que la France ne sait pas accueillir des peuples extra-européens qui, chaque année, viennent par milliers grossir des ghettos et repousser les perspectives de leur intégration. Oui, il faudrait une pause. Le mot reste interdit par les gendarmes de la pensée. Mais pourquoi les craindre encore ?

Sortir du flou

Le flou entretenu autour des chiffres de l'immigration n'aide pas à clarifier le débat. La sous-estimation tient lieu de règle. Cherchant à dédramatiser les faits, la communication officielle en vient à désinformer. Un exemple : l'Insee a soutenu que le solde migratoire (les entrées, moins les sorties) de 2003 était en recul, avec seulement 57 000 personnes : une donnée reprise à l'époque par les médias, en dépit des dénégations de démographes estimant à 200 000 et plus les immigrés s'installant chaque année, clandestins non compris. Personne n'a jamais demandé d'explications pour cette « erreur », reconnue depuis, qui fait dire que « la France n'est pas un pays d'immigration massive ».


Les clandestins, eux, sont estimés entre 200 000 et 400 000 par le gouvernement. Mais selon l'ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, les seuls Algériens en situation irrégulière seraient 350 000. Dimanche, sur RTL, Bernard Kouchner a déclaré : « C'est vers notre pays que se dirige la majorité des illégaux qui entrent en Europe. » Le chiffre de 100 000 par an était admis, pour les années 2000. Même s'il a éventuellement baissé depuis, l'objectif de 25 000 reconduites pour 2007 paraît modeste en regard des entrées présumées.


La France, qui ouvre enfin les yeux, ne peut continuer à vivre dans ce monde fictif, en laissant à l'Insee le soin d'« inventer » un solde migratoire conforme à ses attentes. « Inventer » : le terme est employé par la démographe Michèle Tribalat, qui note (dans la revue Diversité, juin 2007) : « La statistique publique doit aujourd'hui faire preuve de courage. » Pour elle, « nous sommes sans aucune boussole ». Un dérèglement qui permet toutes les manipulations, de part et d'autre.

Anachronisme

Cet accommodement pour les faux-semblants est d'autant plus anachronique que Nicolas Sarkozy s'est engagé à dire la vérité aux gens et à défendre l'identité française. Or, si aucune mesure efficace n'est prise pour freiner significativement l'immigration durable et pour garantir le respect de la culture d'accueil, le séparatisme culturel qui s'observe ici et là, y compris désormais dans certains quartiers de Paris, risque de s'étendre et de se consolider au fil des décennies. Entre l'assèchement nationaliste et l'effacement mondialiste, il y a place pour une politique soucieuse de préserver la fragile unité du pays.


« Nous allons aller au-devant des désirs des Français en accélérant le rythme des réformes », a déclaré mercredi le premier ministre devant les parlementaires UMP. François Fillon parlait du nouveau contrat social proposé, mardi, par le président. De fait, une refondation sociale et économique se profile, qui tire profit d'une liberté de pensée encore inconcevable il y a un an. Cependant, l'État ne s'est pas encore totalement dégagé du pharisaïsme des belles âmes, qui se flattent de ne pas écouter le peuple inquiet. Ce serait une facilité de croire qu'une relance économique suffirait à résoudre les problèmes d'intégration. Le plein-emploi britannique n'empêche pas la fracture des communautés ethniques.

Question de rythme

Le plus pressé des deux ? Paradoxalement, c'est moins le survolté Nicolas Sarkozy que le placide François Fillon. Apparemment, les deux hommes ne marchent pas au même rythme

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